Stéphanie Harvey : joueuse professionnelle et ambassadrice d’Omen par HP

À l’occasion du DreamHack Montréal, nous avons pu échanger avec Stéphanie Harvey qui est l’une des porte-paroles de l’événement et ambassadrice d’Omen par HP. Elle est aussi connue sous le pseudo de Missharvey dans sa carrière de joueuse professionnelle de jeux vidéo comme : Counter Strike et Counter Strike : Global Offensive dans lesquels elle a gagné plusieurs championnats mondiaux. En parallèle de sa carrière esportive, elle a aussi travaillé en tant que développeuse de jeux chez Ubisoft Montréal pendant plusieurs années.

(Geekbecois) À quoi ressemble une journée type pour vous ?

(Stéphanie Harvey) Je n’ai pas vraiment de journée type mais en général, j’ai beaucoup de meetings dans la journée. Ça peut être des entrevues ou bien parfois j’aide des étudiants en recherche qui sont en doctorat ou en maîtrise, je fais aussi des conférences dans des compagnies corporatives ou des bibliothèques.

Sinon, je gère ma carrière avec mon agent pour tout ce qui est : préparations en arrière de la scène, répondre aux événements, faire mes comptes…

J’aime moins faire mes comptes car on a beaucoup de contrats, mais c’est un beau problème à avoir !

Je me consacre à tout ça durant une partie de la journée et sinon la plupart du temps je suis en déplacement. Cette année on fait le tour du Canada avec Omen, on va faire plusieurs événements comme TwitchCon. Puis, en milieu d’après-midi, c’est le moment ou je commence à jouer à des jeux vidéo. En ce moment, j’ai moins le temps de jouer mais normalement dans ma carrière de joueuse professionnelle je commence à partir de 15h jusqu’à 21h, ça me fait des journées très remplies, il faut donc que je m’organise bien !

Vous avez commencé votre carrière à l’âge de 19 ans et vous vous êtes rendue compte que vous rentriez dans une industrie à prédominance masculine. Comment avez-vous vécu cette entrée quelque peu solitaire en étant une femme ?

C’est drôle car ce n’est pas avant de commencer à faire de la compétition que je me suis rendue compte que c’était un univers d’hommes. Dans ma famille, avec mes amis ont a toujours joué à des jeux vidéo ensemble, ça a toujours fait partie de mon quotidien.

On ne m’a jamais dit les Barbie c’est pour les filles, les LEGO c’est pour les gars.

Quand j’ai commencé à participer à des événements vers la fin de mon adolescence, pour 500 gars on était 5 filles, il a fallu qu’on me le fasse remarquer pour que je m’en rende compte. Mais ça n’a jamais été un obstacle pour moi, parce que je suis une fonceuse et j’ai un caractère où je ne me laisse pas faire.

Aujourd’hui, les choses ont quand bien même évolué mais il y a encore du chemin à faire. Surtout quand on parle de développement de jeu vidéo et de compétition. En moyenne, au Québec, il y a 8 % de femmes en développement et dans la compétition c’est encore pire. Ces chiffres sont vraiment alarmants, il faut sérieusement prôner la diversité et l’égalité et pousser les filles à s’intéresser aux sciences, aux arts et aux technologies et leur montrer que c’est possible pour elles.

Avez-vous des conseils pour les femmes qui souhaiteraient entrer dans l’industrie du jeu vidéo que ce soit en tant que joueuse professionnelle ou bien développeuse de jeu ?

Ne pas mettre la marche trop haute, ne pas se comparer avec celles et ceux qui détiennent les plus gros succès.
On peut vite perdre confiance en soi alors qu’il faut se laisser le temps. Dans l’industrie du jeu vidéo, la plupart des métiers sont encore en apprentissage, le moment où on apprend le plus c’est en travaillant dans ce milieu.

Le syndrome de l’imposteur, je l’ai eu pendant longtemps, je pensais que je n’étais pas suffisamment bonne et c’est complètement faux, mais il m’a fallu du temps pour m’en rendre compte moi-même.

Donc, ce que je conseillerai aux femmes pour entrer dans l’industrie, c’est de venir aux événements. Venez rencontrer d’autres joueurs ou des communautés comme Pixelles, découvrez les différents milieux que ce soit le milieu indépendant ou le triple A. Que vous soyez intéressée par l’animation, le journalisme, la compétition, tout est possible car il existe une multitude de métiers dans cette industrie.

Par rapport à la violence en ligne, pensez-vous qu’une certaine éducation doit être faite auprès des enfants par les parents et les professeurs ? Et quels conseils auriez-vous à donner aux figures parentales qui ne connaissent rien au milieu du jeu vidéo ?

Ce que je donnerai comme conseils aux parents c’est : apprenez à connaître l’univers de votre enfant, demandez lui à quoi il joue. Laissez-le s’ouvrir et vous partager l’une de ses passions.

Plus jeune, j’ai impliqué mes parents dans toutes les facettes de mes compétitions et ça m’a vraiment aidé dans ma carrière. Encore aujourd’hui, ce sont mes plus grand fans. Mes parents ont réussi à traiter le jeu vidéo comme une de mes passions, car j’en avais plein. On a réussi à l’intégrer dans ma vie, on l’a balancé avec mes études. Je me sentais libre de pouvoir leur en parler et eux m’aidaient à le gérer.

Donc, commencez doucement en lui demandant par exemple à quel genre de jeu il/elle joue, combien de temps dure une partie de jeu, est-ce qu’il/elle joue avec des ami(e)s…

Depuis quelques années, on voit que des cursus ou des académies dédiées au esport prennent place au Québec. Qu’est-ce que ça vous fait de voir qu’en 2019 on commence à proposer aux jeunes une nouvelle possibilité de carrière, qui plus est, encadrée dans un système scolaire ?

Je dirais : Enfin, ENFIN !

C’est incroyable comme le Québec est un gros paquebot et une fois que ça tourne tout le monde embarque ! Cela ne fait même pas 2-3 ans que les États commencent à en parler et il y a de plus en plus de personnes au gouvernement qui parlent de s’impliquer et je trouve que c’est une excellente nouvelle !

Non seulement ça va aider les parents à avoir confiance pour laisser leurs enfants jouer à des jeux vidéo, mais ça va aussi apprendre aux jeunes comment gérer leur carrière, mais aussi leur vie par rapport aux jeux vidéo en balançant cet intérêt et leurs études, en apprenant des outils pour une carrière professionnelle. Aussi, cela enseigne les bonnes postures physiques à avoir quand on joue, un bon rythme de vie pour être plus performant. Ce sont des choses que l’on peut garder même si on décide de ne pas travailler dans le milieu du jeu vidéo, car cela s’applique pour n’importe quel travail bureautique.

Comment vous voyez l’évolution de votre carrière ? Quels sont vos projets pour le futur ?

Présentement, je joue de moins en moins car je suis plus axée sur les métiers connexes qu’apportent cet univers, que ce soit, faire la promotion du jeu vidéo comme avec Omen ou porte-parole pour le DreamHack ce weekend.

Je dirais que ma carrière évolue vers une facette que j’apprécie plus : qui est de redonner à la communauté et faire une différence en essayant de changer les choses vers le positif.

J’essaie de bouleverser les choses car j’ai mon opinion mais j’essaie d’aider les personnes à se forger la leur sur le sujet. Et si ces personnes m’écoutent parler des jeux vidéo et se disent qu’elle s’en foutent, alors je n’ai pas réussi mon travail. Ce que je veux, c’est que ces personnes réfléchissent sur le sujet, qu’elles soient d’accord ou non avec moi, mais qu’il y ait matière à réflexion.

À propos de Suzanne Clemente

Game Designer et collectionneuse de tamagotchi depuis la première heure. Je suis une adepte de romans de science-fiction, de cinéma et d'anime. Passionnée par l'univers du jeu vidéo et tous les événements qui gravitent autour de ce média j’espère vous transmettre et partager l'engouement que je lui porte.

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