Top 10 : les meilleurs films de David Cronenberg

Afin de souligner la sortie de Les Crimes du futur, sa plus récente création après 8 pénibles années de hiatus, je vous propose un top 10 tout personnel des meilleurs films de David Cronenberg. Célébrons le génie du réalisateur canadien le plus culte du « body horror » et autres miracles cinématographiques !

10. Les crimes du futur (2022)

Les crimes du futurs - photo

Le plus récent film de Cronenberg est un assemblage pêle-mêle de toutes ses grandes lubies sur l’évolution humaine et technologique.

Visuellement, la direction photo et artistique est exceptionnelle : on se fait offrir une véritable compilation de l’imaginaire du maître. On retrouve beaucoup d’eXistenZ dans les différentes machines au design à la fois organique et métallique qui parsèment le monde semi-futuriste présenté. Les outils d’autopsie, avec lesquelles Saul et Caprice performent, font aussi penser à ceux des jumeaux gynécologues de Faux-semblants. Vidéodrome est aussi une inspiration évidente lors de plusieurs scènes.

Philosophiquement, Les Crimes du futur rebrasse aussi plusieurs idées développées dans les précédents films de Cronenberg, par exemple la sexualité blessante, en constante mutation, de Crash. C’est un film qui a énormément de choses à dire, notamment sur ce qu’est véritablement l’art. Il réfléchit aussi aux cultes de la personnalité que l’on voue aux « vedettes », quelles que soient les « performances » horrifiques auxquelles elles s’adonnent. Tout un autre pan du scénario, le plus intéressant à mon avis, porte sur l’évolution de l’humanité, intimement liée aux changements de notre planète. Imaginez l’homme progresser jusqu’à digérer ses propres déchets de plastique… génial !

Malheureusement, à travers toutes ces bonnes idées, cet univers visuel marquant et ces performances superbes, une chose manque cruellement au film : une histoire. Le fil narratif est mince et semble accessoire. Le spectateur n’a donc pas grand-chose à quoi se rattacher dans ce monde étrange. Bien dommage !

9. Crash (1996)

Crash poster

Je vais probablement me faire tirer les oreilles en plaçant si bas sur ma liste ce film culte ayant remporté le Prix spécial du Jury à Cannes en 1996. Je reconnais absolument Crash comme l’œuvre exceptionnelle qu’elle représente, mais je trouve vraiment, vraiment difficile d’aimer ce film. En fait, il n’est pas fait pour être aimé. Il n’est même pas fait pour constituer un divertissement. Il s’agit plutôt d’un cinéma subversif « courageux » et « original », comme le disait à l’époque Roger Ebert, qui ne ressemble à rien d’autre.

Crash est une vision sans compromis de la sexualité. Cronenberg va jusqu’au bout d’un fétiche sans se soucier de l’impact que le film aura sur le public. D’ailleurs, lors de sa sortie en 1996, il avait autant causé une insurrection du jury à Cannes qu’une panique morale du côté des censeurs. L’agitation fut de courte durée. Aujourd’hui, personne n’arrache plus sa chemise pour le faire bannir. Le cinéma moderne nous a habitués à bien pire.

Personnellement, si Cronenberg a vu de l’espoir dans le désir de connexion de ses personnages, j’ai toujours trouvé déprimant de scruter ces professionnels narcissiques, vides et blasés, qui ne peuvent se sentir en vie qu’en développant une obsession sexuelle qui les mènera inévitablement à la mort. Dans ces rôles peu aimables, James Spader, Holly Hunter et Deborah Cara Under sont absolument géniaux. Spader, particulièrement, offre une performance à la fois riche et totalement inaccessible. Comme le film.

8. Spider (2002)

Spider poster

Pour continuer dans la même lignée, Spider est un autre film de Cronenberg que l’on trouve déprimant de prime abord (il pleut… tout le temps !). Par contre, la différence est que, dans ce film, on sympathise avec le protagoniste schizophrène, à la recherche du traumatisme fondateur de son enfance. Le film est intime, moins clinique que ses autres productions. Le tout est magnifié par une grande performance de Ralph Fiennes et une autre, non moins exceptionnelle, de Miranda Richardson dans un rôle duel.

Le film porte une réflexion diablement intéressante sur la force de la mémoire et l’importance des souvenirs, qu’ils soient vrais ou faux. Il rappelle, dans la présentation des rêves fantasmés qui se mélangent à la réalité, le génial Mulholland Drive de David Lynch. Spider utilise aussi à très bon escient le « narrateur non fiable » pour créer un thriller fascinant qui nous mène de rebondissement en rebondissement. Cette technique littéraire est souvent difficile à transposer au cinéma. Par exemple, les excellents livres The Diner, de Herman Koch, et The Woman in the Window, de A.J. Flynn, devinrent des films très peu recommandables. Spider est un exemple brillant du contraire. Un autre des meilleurs films de Cronenberg à découvrir !

7. Dead Zone (1983)

Il tombe sous le sens que Cronenberg et Stephen King se soient rencontrés. À mon sens, Dead Zone est l’une des meilleures adaptations au cinéma d’un des livres de l’auteur culte. Une grande partie de ce succès tient à la performance de Christopher Walken, dans le rôle de Johnny Smith. Il est vraiment très bon et nous fait vivre son tortueux chemin de manière viscérale.

Comme le livre, le film combine de nombreux éléments surnaturels, mais arrive toujours à nous rattacher à la réalité. Quand Johnny a une première vision d’une maison en flammes, et voit, sans pouvoir agir, le feu détruire une famille comme nous en avons tous, on ne peut que frémir… et comprendre son besoin d’agir pour changer le futur.

On pourrait aussi dire que Dead Zone est un film de superhéros avant l’heure : Johnny, réalisant qu’il détient un pouvoir exceptionnel, décide de l’utiliser pour sauver ses pairs. Notamment, il nous sauve d’un politicien démagogue, typique exemple de masculinité toxique, qui nous mènera directement vers l’holocauste nucléaire. Ah ben… ça vous dit quelque chose ?

6. Faux-semblants (1988)

Dead-Ringers - photo

Cronenberg nous présente souvent (c’est l’un de ses archétypes clés) des docteurs ou des scientifiques un peu fous à l’égo surdimensionné, qui aiment étirer les limites de l’éthique et de la médecine. Dans Faux-semblants, il pousse au maximum son obsession en bâtissant tout un thriller psychologique autour de deux jumeaux gynécologues aux personnalités opposées. Ils sont tous deux joués par Jeremy Iron, au sommet de son art. Il nous offre une de ces performances magistrales qu’on voit peu de nos jours. Ce tour de force plein de subtilités fut malheureusement ignoré aux Oscars.

Faux-semblants est particulièrement horrifique à visionner pour une femme. En le revoyant en tant qu’adulte plus mature, j’ai été révoltée par le niveau de misogynie des deux frères. Ceux-ci se partagent leurs conquêtes à leur insu. Ils performent aussi des opérations mettant en scène des instruments gynécologiques à faire frémir. On parle littéralement de « mutante » pour décrire de pauvres femmes dont les utérus ne respectent pas des balises médicales « normales » fixées par les hommes.

Bref, Cronenberg, dans Faux-semblants, a créé l’horreur ultime pour son public féminin (avouons-le, malheureusement beaucoup moins nombreux). L’ambiance aseptisée et le froid glacial, clinique, qui se dégage de l’ensemble de l’oeuvre terminent de pousser le visionnement dans la zone du malaise ultime.

5. eXistenZ (1999)

existenz photo

Bien avant que Christopher Nolan ne nous offre « un rêve à l’intérieur d’un rêve » dans Inception, Cronenberg jouait avec la réalité dans eXistenZ. Il s’agit de son  scénario le plus alambiqué, pour notre plus grand plaisir. Une sorte de film policier futuriste, avec une fin ouverte qui rappelle, encore une fois, Inception. L’histoire est solide et passionnante à suivre. Elle nous amène constamment à nous poser des questions sur notre réalité, celle que nous voyons à l’écran et celle qui nous entoure. Malheureusement, le film sortit à l’époque juste quelques semaines après un certain La Matrice, qui abordait des thèmes similaires dans un format plus grand public. Sans surprise, eXistenZ ne fut pas un succès commercial.

Encore une fois, Cronenberg fait preuve de prescience dans son incursion dans l’univers des jeux vidéo. Le monde virtuel qu’il nous présente est désormais à notre porte, bien qu’on n’en soit pas encore rendu à avoir des « stars » féminies designers de jeux vidéo comme Allegra (le monde est tellement mal fait… !). Le film, visuellement, est absolument fascinant dans sa fusion de l’organique et de l’inorganique. Le fusil fait de chaire et de sang, les manettes de jeux gluantes et molles et, surtout, les fameux pods insérés directement dans notre corps contribuent à créer un monde déstabilisant dont on se délecte.

Tout admirateur de jeux vidéo se doit de visionner eXistenZ au moins une fois dans sa vie !

4. Les Promesses de l’ombre (2007)

Les Promesses de l'ombre poster

Les Promesses de l’ombre est un véritable FILM, dans le sens le plus pur du terme. Parfaitement scénarisé, riche, divertissant et intelligent, ce thriller nous plonge dans l’univers de la mafia russe.

Le film est parfaitement calibré pour nous faire passer un grand moment de cinéma. La direction photo est à tomber par terre, les lieux vibrent d’une énergie unique (le restaurant… ah !), les éclairages sont exceptionnels, la musique de l’habituel collaborateur, Howard Shore, est parfaite… bref, rien n’est laissé au hasard dans cette production. Jusqu’à cette scène exceptionnelle d’un combat, flambant nu, dans un sauna, violente et brutale à souhait, aujourd’hui devenue culte. Les performances sont aussi à souligner. Viggo Mortensen, enfin nommé pour un Oscar, est encore une fois parfait sous la lentille de Cronenberg. Il disparaît dans le rôle de Nikolai. Il est rejoint par Naomie Watts, très bonne, bien que classique, et par Vincent Cassel, absolument délicieux en fils mafieux instable qui cache son homosexualité dans la bouteille.

Sous le vernis d’un thriller criminel passionnant, Cronenberg aborde des sujets difficiles. La traite de jeunes filles est filmée d’une manière très dure et crue, terriblement réaliste. Dans la droite ligne de sa filmographie, les tatouages de Mortensen transforment son corps et son statut social, d’une manière réaliste peu habituelle pour le réalisateur. Les tatouages reviendront dans Les Crimes du futur, cette fois à l’intérieur même du corps de l’acteur fétiche. Un des meilleurs films de Cronenberg.

3. Vidéodrome (1983)

Videodrome - photo

À quoi reconnait-on une œuvre cinématographique exceptionnelle ? J’ai toujours trouvé que la réponse à cette question se trouvait dans la résonnance qu’un film peut avoir à travers le temps. Vidéodrome est l’exemple parfait d’un film qui, aujourd’hui encore, sonne tellement « vrai » qu’il se doit d’être écouté.

Lors de la production de Frissons et Rage, Cronenberg parlait de la crise du sida bien avant qu’elle ne devienne un sujet d’actualité mainstream. Avec Vidéodrome, il met en scène toute la terreur d’une humanité enchaînée à ses pulsions, en pleine décadence culturelle, condamnée à la destruction via une technologie (la télévision) qui transforme le corps et l’esprit. Dans le scénario, le signal d’une émission de télévision trash et violente cause littéralement des tumeurs au cerveau.

En voyant la fameuse cassette Bétamax se faire insérer dans l’abdomen du protagoniste, on ne peut que penser à nos propres téléphones intelligents, presque greffés à nos mains comme un troisième appendice. Vidéodrome fait preuve de tellement de flair qu’on pourrait presque croire que Cronenberg avait voyagé dans le futur avant de l’écrire. Malgré les thèmes vraiment matures, je vous encourage à le découvrir pour élargir votre réflexion sur la place de la technologie dans nos vies. L’un des meilleurs films de Cronenberg.

2. Une histoire de violence (2005)

Une histoire de violence poster

Une histoire de violence est, au premier coup d’oeil, une proposition peu caractéristique de Cronenberg. C’est un film de mafia classique, accessible, comme Les Promesses de l’ombre. On peut le regarder simplement pour se divertir. C’est un thriller avec un scénario solide et une riche étude de personnages. De plus, les scènes d’action sont brutales et vraiment bien tournées.

Évidemment, les apparences sont trompeuses ! À l’instar de Tom, le protagoniste, qui se cache sous l’idylle américaine du père et époux aimant, pilier de sa petite communauté endormie du Midwest, Une histoire de violence cache une réflexion profonde et à propos sur la place de la violence dans la vie, le couple et la famille. Celle-ci ressort notamment lors de deux scènes d’amour contrastées et explosives, absolument magnifiques.

Rapidement, si on s’arrête au message du film, toute la duplicité de Cronenberg est révélée au grand jour. Vous ne regardez pas un film simple, mais bien un bouleversant plaidoyer sur la dualité intrinsèque de l’humain. Tom a beau tenter d’évoluer, la violence de son passé, Joey, le rattrape toujours. Il doit lui faire une place dans sa vie afin de survivre. Viggo Mortensen, dans le rôle de Tom/Joey, nous montre toute l’étendue de son talent. Lors d’une scène clé, quand Joey montre enfin son vrai visage, la transformation de l’acteur est subtile, mais terriblement profonde. J’ai été soufflé par son jeu.

Un chef d’oeuvre !

1. La Mouche (1986)

La Mouche poster

Quel classique ! La Mouche constitue le sommet de l’art de Cronenberg. Aussi, il est encore aujourd’hui le meilleur film de type body horror jamais produit, notamment grâce aux effets et prosthétiques incroyables de Chris Walas. Au-delà de l’horrifique transformation du protagoniste (la scène des ongles… toujours incapable de la regarder), La Mouche est un film étonnamment romantique. Et aussi terriblement triste. Il nous met face à notre mortalité, sous le déguisement de l’horreur et de la science-fiction.

Goldblum est exceptionnel dans le rôle d’un scientifique un peu fou (encore…), qui fusionne avec une mouche suite à une expérience qui tourne mal. Il traverse toutes les phases du deuil, mais, au final, disparait derrière la violence de l’instinct animal. Quant à Geena Davis, son amour, on ne peut que faire un parallèle avec toutes ces femmes qui accompagnent un conjoint malade dont la condition se dégrade lentement mais sûrement. Son empathie est touchante et merveilleuse à voir.

Personnellement, c’est la perte de contrôle du personnage, un scientifique rationnel, sur son esprit et sur son corps, qui a particulièrement résonné. En revisitant le film en tant que mère, j’ai aussi découvert une nouvelle couche d’horreur dans l’histoire de Veronica, qui réalise qu’elle est enceinte et a terriblement peur de donner naissance à un monstre, difforme ou animal.

Le meilleur film de Cronenberg !

À propos de Maude Bégin-Robitaille

Spécialiste en communication numérique de jour, auteure professionnelle les soirs et les weekends, maman à temps plein et warpriest les mardis soir. Surtout, geek depuis l'enfance !

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