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Critique de Taboo : un spectacle étrange, sombre et merveilleux

Je souffre d’une certaine obsession pour les séries télévisées de fiction historique. Taboo, la série créée par Tom Hardy, son père Chip Hardy et Steven Knight, le génie derrière mon autre fétiche, Peaky Blinders, est tombée sur mon radar en 2017, durant mon premier congé de maternité. Pour vous donner une idée, elle m’a tellement marquée que la musique du générique s’est introduite comme berceuse dans la routine du dodo de ma fille ! Voici donc ma critique de Taboo, que je vous encourage fortement à découvrir ! Elle vient d’ailleurs tout juste d’atterrir sur Netflix et cartonne auprès d’un tout nouveau public.

Taboo poster
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Critique de la série Taboo

  • Créateur : Tom Hardy, Chip Hardy et Steven Knight
  • Distribution : Tom Hardy, Jonathan Price, Tom Hollander, Jessie Buckley, Oona Chaplin
  • Style : historique, mystère
  • Service de diffusion : Netflix
  • Nombre d’épisodes : 8
  • Site officiel

James Delanay, un homme mystérieux et brutal que tous croyaient mort en Afrique, revient à Londres lors du décès de son père. En héritage, il acquiert la possession d’une île indigène, Nootka Sound, qui pourrait avoir un impact colossal sur la résolution de la guerre entre les États-Unis et l’Angleterre. Alors que toutes les forces en présence tentent de corrompre, tuer ou amadouer Delanay, il met en branle son propre plan de vengeance contre la puissante et corrompue Compagnie britannique des Indes orientales. Hanté par les fantômes de son passé et par ses épreuves vécues en Afrique, James voit son esprit glisser lentement vers la folie.

Une histoire captivante qui prend son temps

Commençons par tasser du chemin le seul et unique défaut de Taboo : les deux premiers épisodes sont lents… très lents. Pas longs. Lents. Personnellement, j’adore les scénarios qui donnent le temps à l’histoire, à l’univers et aux personnages de se placer. Malheureusement, lors de la sortie de la série en 2017, ces deux premiers épisodes ont donné du fil à retordre à plusieurs téléspectateurs qui ont abandonné Taboo. Quelle erreur ! Heureusement, le format Netflix vous permettra de regarder la série en entier et d’être rapidement happé par l’histoire.

Et quelle histoire ! Les aventures de James et de sa « ligue des damnées » sont remplies d’intrigues politiques fascinantes, de meurtres et de complots. Le tout agrémenté d’une dose de surnaturel et de mysticisme juste assez piquante pour brouiller les cartes : est-ce que James est fou ou réellement hanté ? Ou n’est-il que différent des aristocrates bien-pensants de Londres qui sont, au final, encore plus monstrueux que lui ?

Les personnages secondaires, qui ratissent les bas-fonds de Londres, sont tous plus étranges et paumés les uns que les autres. Ils sont absolument merveilleux et on s’attache follement à eux. Surtout, ils dépassent les clichés du genre pour nous offrir des personnalités différentes, toujours extrêmes. Derrière leurs frasques, leur violence et leur saleté (tout est sale, tout le temps, dans Taboo), ils sont tous plus humains que les marchands corrompus de la Compagnie ou encore l’époux possessif, violent et jaloux de la soeur de James.

Fermement ancrée dans les thèmes de la folie, de la vengeance et de l’héritage, la série ne se gêne pas pour nous montrer les atrocités commises autant par son personnage principal que par les maîtres du monde qui se disent civilisés, tout en s’enrichissant sous la table grâce au trafic d’esclaves. La série est audacieuse et se permet absolument tout, du faux exorciste avec un prêtre dégoutant aux mains baladeuses jusqu’à un personnage principal amoureux de sa demi-soeur, elle-même possédée par… sa mère ? Je n’ai même pas encore abordé le meurtre d’enfants et les éviscérations.

Pourtant, tout fonctionne ! Pourquoi ? Parce que dès le début, Taboo se positionne grâce à son ambiance comme une série résolument différente.

Taboo tv - Lorna
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Une ambiance unique, sombre et mystérieuse

Tout dans Taboo contribue à accentuer l’ambiance unique, noire et surréaliste, de la série. La palette de couleurs, sombre et marine, est absolument magnifique. On sent l’humidité de Londres, le bois qui craque, la maladie et les fantômes qui rôdent. Un article dans le magazine GQ, sortie en 2017, résumait ainsi avec exactitude le Londres de Taboo : « We are [] exclusively in three shades : grey, mud, and dark  ». Bref, on est très, très loin des parties ensoleillées de Pall Mall de Bridgerton. Une scène de bal en milieu de saison, voit notre chimiste préféré, Cholmedeley, naviguer entre des aristocrates souls, en sueur et vêtus de costumes d’animaux baroques, avec des ballons de gaz hilarant. C’est absolument parfait !

Les costumes et les décors fourmillent de détails incroyables. Ils reflètent l’univers social très différent des personnages. Si les ponces de la Compagnie évoluent dans des bureaux aux murs couverts de tableaux de maîtres et de dorures, les docks de Londres sont poisseux, sales et boueux. James navigue entre ses deux mondes avec sa vengeance en étendard, son long manteau noir et son chapeau haut de forme couvert de boue même jusque dans l’antichambre du prince régent.

Taboo tv
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Une distribution britannique 5 étoiles

La distribution de Taboo est absolument exceptionnelle. Tom Hardy, toujours excellent dans les rôles excessifs, utilise son physique imposant et son regard intense à bon escient. Il joue gros, mais le tout fonctionne parfaitement dans le cadre de la série, où tous les personnages sont bizarres et positivement baroques. Sa présence est captivante et il domine chaque scène.

Le reste de la distribution nous offre un tour des meilleurs talents britanniques. Vous reconnaîtrez plusieurs visages. Jonathan Pryce, plus connu pour son rôle du High Sparrow dans Game of Thrones, est un antagoniste qu’on adore détester. Tom Hollander, un acteur sous-utilisé qui nous offre toujours des performances impeccables, constitue un gros coup de coeur. Dans le rôle du chimiste Cholmondeley, il est doux, drôle et décalé. Il apporte une dose d’humanité avec ses petits gestes qui fait du bien dans le monde noir de la série. Ajoutez au mix Michael Kelly (Doug !), Mark Gatiss (Microft !), Stephen Graham (Al Capone !) et vous aurez la recette parfaite pour offrir aux téléspectateurs des personnages riches et vibrants.

Seule Oona Chaplin, qui jouait aussi dans Game of Thrones, est décevante dans le rôle de la demi-soeur et amante de James. J’avoue qu’il s’agit d’un rôle ingrat, mais sa performance aurait dû nous amener à sympathiser avec son personnage, victime de nombreux abus, autant psychologique que physique. Au contraire, sa Zilpha devient étrangement détestable

Taboo tv - Zilpha
@BBC One

Observations variées :

  • Quand je vous disais que Steven Knight est un génie… c’est lui qui a écrit le scénario de Les Promesses de l’ombre, de David Cronenberg, l’un de mes films préférés, ainsi que Dirty Pretty Things. Il a aussi réalisé et écrit Locke, encore avec Hardy, un film inconnu à découvrir absolument pour une expérience cinématographique totalement différente. Le film se déroule entièrement dans une voiture. Et c’est GÉNIAL.
  • Il n’y a que Tom Hardy pour posséder tel niveau de maestria du grognement. Je vous le jure, il est capable de mettre trois couches de sous-texte dans un simple « hmphf… ». Heureusement, parce que son personnage s’exprime à 80 % de cette manière.
  • Quand je pense qu’on attend la saison 2 depuis si longtemps parce que Tom Hardy doit tourner des Venom… la honte !
  • Taboo, fresque historique sur la folie ou série fantastique ? Personnellement, je préfère croire aux fantômes.
  • Au moins trois acteurs britanniques de Taboo (Hardy, Hayman et Graham) ont déjà joué Al Capone, un américain d’origine italienne, sur scène ou à l’écran… Graham, dans Boardwalk Empire, est définitivement le meilleur.
  • Jeu à boire pour Taboo : une gorgée chaque fois qu’un acteur ayant joué dans Game of Throne apparaît l’écran. Ils sont :
      • Oona Chaplin (Talisa) ;
      • Jonathan Pryce (High Sparrow) ;
      • Mark Gatiss (Tycho Nestoris) ;
      • Lucian Msamati (Salladhor Saan) ;
      • Roger Ashton-Griffiths (Mace Tyrell) ;
      • Jefferson Hall (Ser Hugh of the Vale) ;
      • Faites-moi signe dans les commentaires si j’en ai oublié !

Taboo

Scénario
Réalisation
Distribution
Décors et costumes

À découvrir absolument

Une série historique noire et violente pour les amateurs de mystères et d'intrigues.

À propos de Maude Bégin-Robitaille

Spécialiste en communication numérique de jour, auteure professionnelle les soirs et les weekends, maman à temps plein et warpriest les mardis soir. Surtout, geek depuis l'enfance !

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