Cinq questions (x2) à Scott Wilson et André Dupuis, des émissions Departures et Descending

Si vous vous rappelez, il y a deux semaines environ, on vous parlait de Descending, la nouvelle série de voyage signée André Dupuis et Scott Wilson. Cette émission documentaire débuta sur les ondes de OLN le 19 février 2012.

André Dupuis et Scott Wilson
André Dupuis et Scott Wilson

Le duo est également derrière Departures (Embarquement immédiat, en français), une superbe série documentaire de voyage. La qualité du travail photographique, du montage, de l’animation et de la réalisation de cette dernière leur méritera de multiples Prix Gemini (le pendant anglophone des Prix Gémeaux) et la série sera diffusée dans plus de quarante pays.

Malgré qu’ils soient bien occupés à finaliser les derniers épisodes de Descending, Wilson et Dupuis ont accepté de prendre un peu de leur temps pour répondre à mes multiples questions et ce, avec une grande ouverture et une incroyable générosité. C’est donc avec très grand plaisir que je vous présente l’interview. Allons-y !

Scott Wilson, voyageur et animateur

1. Comment s’est produite la genèse de Departures ? Est-ce que ça a été facile de passer de l’idée au produit final ?

André et moi étions encore étudiant en cinéma lorsque nous avons démarré notre entreprise et commencé à travailler sur une série de voyages pour OLN. Nous adorions les voyages mais nous croyions également qu’il y avait une meilleure façon de bien montrer les voyages. Une façon qui montrerait une réelle amitié et un réel voyage… les hauts et les bas. Nous avons donc décidé de partir visiter un ami en Nouvelle-Zélande pour quelques semaines et tourner un démo totalement autofinancé. On a vidé nos prêts étudiant et nous nous sommes pratiquement mis en faillite pour le réaliser. Après presque deux ans de travail sur le démo nous l’avons envoyé au réseau télévisé. Dans l’heure qui suivait la réception du démo, ceux-ci nous appelaient pour arranger un rendez-vous. Un mois plus tard le projet avait le feu vert. Tout est arrivé si vite que ça en était impossible d’en ressentir quoi que ce soit.

2. Avant de débuter le tournage de la première saison de Departures, aviez-vous la moindre idée de l’ampleur de ce que vous alliez entreprendre ? Aussi, trouves-tu que tous ces voyages ont transformés qui tu es ?

Nous n’avions jamais imaginé que le projet grandirait et générerait autant d’intérêt que ça. Pas qu’il ait eu la popularité de American Idol ou quoi que ce soit du genre, mais je crois que nous avons un excellent et dévoué groupe de fans qui « comprennent » réellement l’émission. Nous recevons des courriels et avons constamment des discussions avec des gens nous disant comment l’émission les a inspirés à voyager à l’étranger pour la première fois ou comment l’émission leur a permis de traverser une période difficile de leur vie… ça rend bien humble. Je me souviens d’un moment pendant le tournage du premier épisode [de Departures] où André et moi faisions des farces sur le fait que personne n’allait vouloir regarder une gang de nobody en voyage comme nous. Nous avions tort. C’est exactement l’opposé. Nous avons touché une corde sensible chez bien des gens parce que nous sommes comme eux ou comme un de leurs amis, etc. Nous n’avons rien de spécial, nous sommes simplement placés dans une position nous permettant de faire ce que nous faisons comme job et de le montrer au monde.

Absolument. Les voyages m’ont changé à chaque jour où j’ai été sur la route. Je crois que, le jour où de voyager ne me changera plus, je ferai prendre sa retraite à mon passeport. C’est pour ça qu’on voyage (du moins, pour moi).

3. Si tu avais à vivre pendant un an complet dans un seul pays ou une seule ville, où vivrais-tu et pourquoi ?

Honnêtement, le Canada sera toujours mon chez moi. Il y a des gens qui rêvent de s’installer ailleurs pendant une ou plusieurs années et d’y rester. Je ressens le besoin d’être constamment en mouvement ou d’être chez moi, avec ma famille. Les voyages m’ont fait apprécier l’importance de ma famille et de la grande chance que nous avons de vivre au Canada. Oui, bien sûr qu’on aime se plaindre sur les défauts de notre pays, mais c’est réellement le meilleur pays au monde. Pour bien comprendre ça, par contre, il faut voir la beauté, les points positifs et négatifs d’autres endroits du monde aussi.

4. Préfères-tu être devant la caméra ou derrière ?

Si c’est André qui filme… devant. Si c’est quelqu’un d’autre, alors derrière. C’est ce à quoi je me suis habitué dans les cinq dernières années. Je ne suis réellement pas un comédien et alors je trouve que je n’arrive réellement à être moi-même si c’est André qui filme et que je ne fait que lui parler. Sinon, je suis à la maison en tant que producteur ou à l’audio.

5. Tu ne quittes jamais la maison sans… ?

Maintenant, si je voyage à l’étranger, je ne quitte jamais la maison sans mon ensemble de plongée sous-marine. Au quotidien, je ne quitte jamais la maison sans ma montre. Je me sens plutôt nu sans elle.

Question bonus : En lisant sur Descending, on peut lire que tu as été victime d’un accident. As-tu bien récupéré ?

Oui, j’ai pleinement récupéré. Il me reste quelques cicatrices physiques que je porterai sur moi toute ma vie, mais chaque cicatrice a une histoire à raconter, alors je les considère comme mes tatouages. Ce n’est pas à tous les jours que l’on nage pour se sortir d’un avion qui vient de s’abîmer en mer ! Mais vous allez en savoir plus dans notre nouvelle émission, Descending.

André Dupuis, réalisateur et directeur photo

1. Tu es la personne derrière la caméra la majorité du temps. Transportes-tu une caméra ou un appareil photo avec toi lorsque tu ne travailles-pas ?

Quand je suis à la maison, la seule caméra que j’ai avec moi est généralement mon téléphone. C’est un problème parce que dès que je vois quelque chose de beau je dois le prendre en photo, mais évidemment la qualité de la caméra du téléphone n’est pas bonne du tout. Alors je me retrouve avec une mauvaise photo de quelque chose de vraiment très beau. Puis cette photo-là me rappellera toujours que j’aurais dû avoir apporté mon réflex numérique avec moi.

Il y a eu des moments pendant le tournage de Descending où la plus belle image s’est présentée à moi, juste devant moi et qu’il n’y avait aucune possibilité que je puisse installer la caméra à temps. Avec ces moments, j’ai appris à juste les apprécier et ne pas me sentir mal d’avoir manqué la prise. « Elle est pour toi celle-là, André », que je me dis. Je me sens mal quand même. Ça aurait été une excellent prise.

2. Y a-t-il eu des moments où tu aurais voulu vivre l’expérience du voyage sans regarder à travers le viseur et, si oui, comment gères-tu ces moments ?

Je crois que ma façon de filmer me place dans le feu de l’action par défaut. J’ai filmé le fait de sauter d’un avion en sautant d’un avion, le fait de plonger avec les baleines en plongeant réellement avec les baleines. Alors que nous filmions les requins océaniques à pointes noires en Afrique du Sud, je me trouve à trente centimètres de l’objectif et je me fait rentrer dedans par les requins. Je ne fait que prendre toute cette excitation, cette peur et cette émotion et je canalise tout dans mes prises de vue. Je crois que beaucoup de ce que je filme reflète les sentiments des gens filmés mais aussi mes propres émotions.

Filmer pour une émission de télévision peut devenir très technique. Tu dois obtenir la couverture, les inserts, l’exposition juste. Nous n’avons personne à l’audio alors je dois surveiller les niveaux sonores également. Je dois écouter ce que les gens disent tout en faisant une sorte de montage dans ma tête afin de découvrir où l’histoire pourrait nous amener, ai-je assez d’information pour raconter l’histoire ? Si non, où sont les trous ? De quels plans ai-je besoin pour supporter le contenu ? Si les choses deviennent trop techniques on risque de s’écarter de l’objectif même, de la raison même de faire tout ça. Alors je tente de déposer la caméra de temps en temps, d’absorber où je suis et ce que je ressens. Puis de trouver comment je pourrais traduire ça à l’écran.

3. À travers Departures ou Descending, quel a été ton moment préféré ou ton endroit favori ?

Faire de la plongée en Indonésie a été une expérience incroyable. Nous avons nagé avec des raies manta géantes, j’ai vu des créatures dans le détroit de Lembeh dont je ne connaissais pas l’existence. Il y a tellement de petits moments que c’est difficile d’en choisir qu’un seul. Plonger dans l’épave de l’Umbria dans la mer Rouge, dans une pièce avec 300 000 bombes de la deuxième guerre mondiale était incroyable, incroyable d’être si près d’autant d’histoire (les bombes sont encore actives aujourd’hui). De descendre à 1007 pieds dans un sous-marin et de voir des créatures inconnues de la science aura été un moment favori de l’année, c’est certain. Faire de la plongée a tendance à générer de nombreux moments miraculeux parce que c’est tout un monde inconnu là-dessous, un monde dont on a jamais fait l’expérience. Il n’est pas rare de se retrouver là où personne n’est jamais allé, ou voir et faire l’expérience de choses connues de peu de gens. Ce sentiment de découverte est le meilleur sentiment du monde.

Un autre endroit de mon palmarès est l’Antarctique. Ce n’est pas difficile de se sentir explorateur là non plus ! C’est tellement intact et brut. Je rêve d’y retourner et d’aller sous l’eau (qui est parfois à -3 degrés !) pour explorer des endroits où personne n’a été auparavant. Peut-être tomber face à face avec un léopard de mer ou nager avec les pingouins empereurs.

C’est inouï qu’avec toute notre technologie et la quantité de population sur la planète que l’on puisse trouver de tels endroits. Cette planète renferme encore beaucoup de secrets.

4. Comment as-tu développé ce sens incroyable de la composition et de la cinématographie ?

(note de lecture : dans l’entrevue courriel, j’en ai profité à cette question pour révéler à André Dupuis que je suis un grand fan de sa direction photographique et son travail de prise de vue)

Mais merci beaucoup ! Je ne crois pas que mes prises de vue soient si spéciales. Il y a beaucoup de photographes et de vidéographes géniaux dans le monde. Des gens que j’admire et que j’aspire à pouvoir shooter de la même façon un jour. J’essaie de regarder le travail des autres et de trouver de l’inspiration et d’essayer des techniques en y ajoutant mon propre style.

Je tourne BEAUCOUP. Spécialement pendant Departures, où je pouvais effacer les prises que je n’aimais pas, je tournais tout le temps. J’ai compris ce que j’aimais et ce que je n’aime pas. Souvent, je ne peux pas expliquer techniquement pourquoi j’aime mieux quelque chose qu’autre chose, c’est beaucoup plus une affaire de sentiment. Je me demande souvent « t’en penses quoi de tout ça ? » Puis je vais fignoler avec plusieurs cadrages différents jusqu’à ce que quelque chose clique.

Parfois on peut se faire prendre au piège, par contre. Quand je trouve mon cadrage et que de filmer devient un simple acte de « couverture cinématographique », quand mon travail devient robotique et que je fais toujours la même petite chose, ça me frustre et je tente de trouver une façon nouvelle de filmer la même chose. Je ne veux pas stagner. Mon arme secrète ? Faire jouer dans un lecteur MP3 une chanson qui fonctionne avec le moment pendant la prise de vue, vous seriez surpris de ce que vous allez obtenir. J’ai shooté des scènes entières comme ça. La musique est une grande inspiration à mon travail visuel.

5. Tu ne quittes jamais la maison sans… ?

Je suis quelqu’un d’assez normal, donc portefeuille, clés, téléphone. Rien de très fou ici.

Question bonus : Parles-tu français ?

Oui, je parle français… mais juste un peu. En fait, c’est embarrassant le peu que je connais. Mon père est français et parle le français couramment et ma mère est née en Italie et parle couramment l’italien. Malheureusement, je n’ai jamais appris. J’aurais pu parler 3 langues ! Ce n’est qu’en commençant à voyager partout que j’ai réalisé l’importance de parler une autre langue et je me suis donné un coup de pied au derrière pour n’avoir jamais appris plus. Le français est parlé dans tellement de pays. L’espagnol serait aussi une bonne langue à connaître ! Mais pour le moment, je me débrouille avec des charades.

Vous pouvez suivre le duo dans Descending, qui est présentement à l’affiche sur le réseau OLN, tous les dimanches à 21h. Pour ceux qui ne peuvent avoir OLN, la série sera diffusée également sur le portail vidéo de OLN. Si vous avez des yeux et un coeur qui bat, vous ne voudrez pas manquer un épisode de la série. Croyez-moi.

Voir : descending, le site officiel de la série

Suivre : la page Facebook de Descending

Voir aussi : departures, le site officiel de la série

Un grand merci à Scott Wilson et André Dupuis pour l’entrevue !

À propos de Olivier Deveault

Étudiant d'informatique, photographe réformé et amateur de design, Olivier aime beaucoup le sushi de qualité. Il parle bilingue et demi, mesure 6 pieds 4 pouces et possède un compte twitter (@odeevee).

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