Le sexisme dans la communauté du jeu vidéo : mythe ou réalité ?

Étant une administratrice du groupe Gameuses du Québec sur Facebook, j’ai posé quelques questions aux membres dudit groupe afin de collecter leurs anecdotes en lien avec le sexisme qu’elles avaient vécu au sein de la communauté du jeu vidéo en ligne. Je leur ai aussi demandé l’importance, pour elles, d’un groupe exclusivement féminin. Ce que j’ai rapidement remarqué, c’est qu’il y avait trois catégories de gars en ligne. Il y a ceux qui ressentent du mépris envers les femmes de la communauté, ceux qui les idolâtres comme s’il s’agissait de créatures mythiques et ceux que je préfère, les indifférents.

Le mépris et le harcèlement

Du mépris, des insultes gratuites, des menaces de mort et de viol, voilà ce qui se répétait malheureusement trop souvent dans les commentaires. Certes, ce n’est (heureusement) pas la majorité des hommes qui réagissent ainsi lorsqu’ils croisent une femme en ligne. Néanmoins, cela semble arriver trop souvent. Les menaces de viol ou de meurtre, les insultes quant à l’apparence physique des joueuses qui n’est franchement qu’un vulgaire stéréotype et tout cela, car il s’agit d’une femme.

« J’en ai parlé dernièrement. Dans Red Dead Redemption Online, un gars contre qui je me suis défendu me hurlait dans le micro qu’il allait me trouver dans la vraie vie et me violer. C’était agressif et violent. Il n’y avait pas de jeu là-dedans. Il était en maudit. Pourtant, c’était lui qui avait commencé. De toute façon, ça m’a enlevé le goût de jouer en chat ouvert. Je vais te le dire, je suis une fille solide qui en a bavé dans vie, mais ça m’a secoué. Et pouvoir en parler ici, les commentaires encourageants des autres filles, ça m’a fait du bien. Elles comprennent.  »

«  Moi, on m’a déjà dit d’aller m’ouvrir les veines, d’aller me suicider, de leur donner mon Facebook pour des photos nues, que les filles n’étaient pas supposé jouer ou que je devais arrêter de jouer parce que j’étais une fille. Bref, j’en ai vu de toutes les couleurs.  »

«  Ce que je trouvais difficile quand j’étais plus jeune, c’était les commentaires des hommes sur mon physique ? « Tu dois être une grosse dégueulasse. » Mais qu’est-ce que ça change ? En quoi mon physique est important dans un contexte de jeux vidéo ?  »

Certains diront qu’il ne s’agit que de gamins voulant faire rire leurs amis, d’autres qu’il n’y a rien là. Mais vous ne savez jamais à qui vous vous adressez, derrière l’écran ! Et s’il s’agissait d’une jeune femme vivant de l’intimidation au quotidien ? Celle que vous venez de menacer de viol pour »rire », peut-être a-t-elle déjà subi ce genre d’agression. On ne mesure jamais réellement la force de nos paroles. Les attaques verbales peuvent blesser autant voir même plus que les attaques physiques. De plus, les joueuses n’ont pas toutes le même genre de tolérance. Certaines seront capables de répliquer, d’autres pourront ignorer ces commentaires douteux, mais pensez à celles que ces mots affecteront réellement.

Fuir ou combattre ?

Les femmes ne sont pas des objets ! Que ce soit dans la vraie vie ou en ligne, les gens devraient savoir respecter un refus. Le harcèlement en ligne, c’est tout aussi effrayant que dans la vie de tout les jours ! Lorsque j’ai posé ces questions aux filles de mon groupe, j’ai été triste de constater que certaines sentaient le besoin de se cacher ou de fuir. Je trouve que c’est grave lorsque tu es rendu à un stade où il est nécessaire de change ton pseudo, ton image ou ta voix afin de ne pas te faire insulter ou harceler. Même si nous sommes en 2019 et que l’acceptation des différences évolue d’année en année, il y a encore du progrès à faire.

«  J’ai dû changer mon pseudo de Steam, ma photo ainsi que mon pseudo de Rainbow Six : Siege afin que nos chers joueurs de sexe masculin ne sachent pas que je suis une fille et commence à me harceler et me dire de retourner dans la cuisine. Heureusement, ils ne sont pas tous comme ça… Je me suis fait plein d’amis aussi, mais c’est rendu que je fais tout pour pas me faire remarquer.  »

«  Bon sang… Combien de fois ai-je été sollicitée en vocal pour des conversations sexuelles ? C’est décevant… Au point qu’à un moment, j’ai arrêté d’aller sur les serveurs vocaux un méchant bout et je disais en ligne que j’étais un gars.  »

«  Dans les jeux en ligne, je me faisais tuer par un allié au moins une fois par soirée lorsque je jouais. Et de temps en temps, les joueurs de mon équipe voulaient m’expulser de la partie. On n’avait pas encore commencé, on est dans le lobby, où on venait d’apparaître. C’était juste parce que j’avais parler dans le chat vocal. J’adore Rainbow Six : Siege, mais j’ai arrêté de jouer à cause de la toxicité. Je vais peut-être recommencer avec un changeur de voix un moment donné.  »

Des solutions, y en a-t-il ? Honnêtement, après avoir posé la question sur le groupe de joueuses, j’ai remarqué que quelques filles n’avaient jamais vécu ce genre de situation. Celles-ci proposaient généralement d’ignorer ce genre de commentaire, de signaler ou de bloquer les personnes indésirables. Malheureusement, ce n’est pas une réelle solution. Du moins, de mon point de vue. L’intimidation se poursuivra forcément. La cible sera peut-être, de nouveau, pointé du doigt. Tout cela à cause de son genre. La coquille protectrice de celle-ci flanchera davantage. Peut-être est-elle, à la base, fragile émotionnellement ou victime d’angoisses au quotidien ? Nous le savons pas. Certaines sont plus fortes que d’autres, forcément. Alors oui, il est un peu trop facile de dire à ces personnes d’ignorer ces insultes ou encore même de fuir.

L’intérêt d’un groupe exclusivement féminin

Pour celles qui ont malheureusement trop vécu ce genre de situation, il est là l’intérêt. Lorsque nous recrutions nos premières membres lors de la création de Gameuses du Québec, j’en ai vu de toutes les couleurs. Honnêtement, je n’avais jamais vu de tels débats sur des groupes de jeux vidéo. Certains garçons se sentaient vexés ou fâchés lorsqu’ils ont appris qu’un tel groupe existait.

« Vous vous isolez ! » Non. Une fille qui est sur un groupe de joueuses ne bannit pas forcément les groupes mixtes. Néanmoins, cela lui permet un peu de répit. « Si nous créerions un groupe de gars uniquement, vous crieriez au sexisme ! » Je ne crois pas. Et de toute façon, cela n’en serait pas ! Les hommes ont le droit de vouloir jouer entre eux et les femmes aussi. Cela ne les empêche pas de se mélanger, par la suite. « Un groupe de joueuses ? Pfff ! Elles ne vont parler que de Sims et Candy Crush. » Pourquoi ? Je ne comprenais pas l’intérêt de ce genre de commentaires. Il ne s’agit là que de stéréotype. « Bonne idée ! Regrouper toutes les femmes, ça évitera d’avoir des drames sur les groupes mixtes. » Bref, vous l’aurez compris, il n’y avait majoritairement que ce genre de commentaires. Et les débats ont éclos. C’est rapidement parti en cacahuète.

Toutefois, il y avait des hommes qui comprenaient et d’autres qui nous félicitaient pour l’initiative. Et à ces messieurs, j’ai envie de vous dire : merci ! À tous les hommes qui sont indifférents quant au genre de la personne avec qui ils jouent : merci !

Gameuses du Québec

À propos de Jessica Côté Acteau

Mon côté geek est né très tôt. C'est avec Ash, le dresseur de Pokémon et Sakura, la chasseuse de cartes que j'ai grandi. J'étais déjà une grande amatrice de l'animation japonaise et ça m'a suivi de l'enfance à l'âge adulte. Ma passion pour les jeux vidéo a, quant à elle, débuté au même moment. Armée de mon Game Boy Color, j'étais déjà une grande dresseuse de Pokémon, à l'époque ! C'est néanmoins la série The Legend of Zelda qui m'a fait tomber en amour avec le gaming. Depuis, qu'il s'agisse de jeux ou de japanimation, j'en mange tous les jours.

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