C’est avec un mélange d’excitation adolescente et de lucidité d’adulte que j’ai accepté l’invitation de Lionsgate d’assister à l’avant-première du film biographique Michael. Michael Jackson, plus précisément l’album Thriller, c’est ma première cassette audio, blanche et usée à la corde par mon Discman jaune. Adolescente, je regardais en boucle ses vidéoclips sur les ondes de feu MusiquePlus et étais fascinée par ses mouvements de danse. Je me souviens du moment de son décès en 2009, j’étais alors en retrait préventif dans l’attente de mon deuxième enfant. C’est d’ailleurs avec lui, mon ago-geek de maintenant seize ans, multi-instrumentiste et compositeur, futur étudiant au cégep en composition et arrangement jazz/pop, que j’ai partagé mon expérience cinématographique en version originale anglaise sur écran IMAX.
Antoine Fuqua (connu pour le film Jour de formation) signe ici un film biographique officiellement approuvé par la succession Michael Jackson Estate, ce qui colore forcément le récit. Le film couvre la trajectoire allant des Jackson 5 (Michael a dix ans) jusqu’à la tournée Victory, en passant par Motown, l’émancipation progressive du père Joseph, et la construction d’un artiste obsédé par la perfection tout en restant profondément attaché à sa famille.

Le choix de Jaafar Jackson, neveu de Michael et fils de Jermaine, est un coup de maître. Il ne joue pas Michael : il devient Michael. À s’y méprendre. À s’y perdre. À s’en émouvoir. Voici ce que nous en avons pensé.
Michael : entre drame familial et comédie musicale

- Studio : Lionsgate
- Réalisateur : Antoine Fuqua
- Distribution : Jaafar Jackson, Nia Long, Laura Harrier, Juliano Krue Valdi, Miles Teller, Colman Domingo
- Genre : Biopic
- Durée : 2h10m
- Date de sortie : 24 avril 2026
- Classement : Général
- Page officielle du film
Un hommage vibrant… mais soigneusement contrôlé
Je savais que Michael Jackson était très impliqué dans toutes les étapes de la création de ses spectacles, ce qui a été confirmé par le visionnement du documentaire This Is It. Nous le voyons en préparation pour une tournée mondiale de cinquante concerts. Je savais des choses sur la célébrité, un adolescent dans un corps d’adulte, forcé par son père à entrer dans l’industrie du spectacle depuis son jeune âge. J’ai décidé de ne pas m’attarder sur son côté sombre et de simplement apprécier son art. Lorsque je suis allée voir le film, mon objectif était de me divertir et je m’attendais à ce que certains passages soient romancés. Je ne cherchais pas à ce que le film soit fidèle à la réalité.
Prévu initialement pour une sortie en salles en avril 2025, la succession Micheal Jackson Estate, détentrice des droits de l’image et de la musique de l’artiste, a utilisé son droit de véto pour cacher des côtés sombres. Selon une enquête du magazine Vanity, une somme de pas moins de quinze millions de dollars a été versée pour couper notamment la scène de l’arrestation de Michael Jackson, assis sur la banquette arrière d’une voiture de police, gyrophares allumés.
De plus, Janet, la soeur cadette de Michael, a refusé d’y participer et, dans le film, elle n’existe tout simplement pas.
L’immersion dans le processus créatif
Les points forts du film reposent d’abord sur une immersion dans le processus créatif de Michael Jackson. Le film réussit là où beaucoup échouent : montrer concrètement comment il créait. Nous assistons à la naissance d’arrangements, à la construction de rythmes, à l’émergence du Moonwalk et à son obsession de transformer chaque chanson en véritable court métrage. Pour un jeune musicien comme mon fils, c’était tout simplement un cours de maître.

Dans la photo précédente, on voit Michael Jackson, incarné par Jaafar Jackson, rendre visite à une troupe de danse urbaine pour capter de nouveaux mouvements dans le cadre de la création du vidéoclip Thriller. Cette scène illustre parfaitement l’une des forces du film : montrer Michael en chasseur d’inspiration, toujours à l’affût de gestes, de textures, de rythmes qu’il pouvait absorber et transformer. Et Thriller, pour moi, reste le meilleur vidéoclip de tous les temps, celui qui a redéfini le genre et inspiré des générations d’artistes à intégrer la danse au cœur même de leurs vidéos. Rien n’a jamais vraiment égalé ce mélange de cinéma, de chorégraphie et d’accroches narratives, un standard que le film rappelle avec justesse.

Ça sent les Oscar !

À cela s’ajoute la performance de Jaafar Jackson, qui livre un rôle calibre Oscar. Malgré les critiques mitigées, il est impossible de nier l’évidence : il incarne son oncle et ses mimiques avec une précision troublante, mais surtout avec une humanité qui dépasse l’imitation. Il ne joue pas Michael, il le fait revivre.
Bien que les chansons soient les originales performées par Micheal Jackson, nous entendons la voix de Jaafar dans les extraits pour lesquels la production ne disposait pas d’échantillons réels. Je comprends que le choix a été fait dans l’optique de respecter l’oeuvre, mais j’aurais préféré que l’acteur reprenne toutes les chansons, comme dans Walk The Line (Jonhny Cash interprété par Joaquin Phoenix ) et A Complete Unknown (Bob Dylan par l’excellent Timothée Chalamet).
La musique comme véritable trame narrative
Comme j’ai mentionné dans mes précédentes critiques de film, la musique fait partie des personnages principaux. Le récit du film Michael ne tourne pas autour des chansons, il passe à travers elles. Chaque morceau agit comme un chapitre, une étape de sa vie et son cheminement en tant qu’artiste.
Les chansons de Micheal Jackson font partie de plusieurs de mes listes d’écoute… et même du répertoire de la fanfare dont mon fils fait partie, mais j’ai encore eu plus envie de les écouter. Quelques semaines séparent mon visionnement du film de la rédaction de cet article et, sans exagérer, j’en ai écouté la trame sonore au minimum une fois par jour.
Exploration fine des dualités et des blessures d’enfance

Le film explore aussi avec nuance les blessures d’enfance de Michael : la pression écrasante d’un père autoritaire, les débuts de la chirurgie esthétique, le perfectionnisme maladif, la dualité entre l’enfant vedette et l’adulte en quête d’identité. Le tout est traité avec finesse, parfois même avec une certaine pudeur.
Janet Jackson et Diana Ross : les deux grandes absentes
Du côté des faiblesses, l’absence totale de Janet Jackson et de Diana Ross laisse un vide étonnant, presque assourdissant, tant ces deux figures ont marqué sa vie.
Une scène malaisante
Enfin, une scène impliquant le chimpanzé Bubbles crée un malaise inattendu. Michael lui démontre une affection quasi humaine. Il tente de l’apprivoiser comme au moment d’adopter un bambin orphelin, une intention sans doute tendre, mais qui glisse vers l’inconfort. L’idée est compréhensible, mais l’exécution m’a laissée perplexe.
À suivre… littéralement
Le film se termine sur une ouverture claire : une suite est non seulement possible, elle est annoncée entre les lignes et j’ai bien hâte de la découvrir.
En conclusion
Malgré de légères déceptions, le film biographique Micheal a hautement répondu à mes attentes et je vous assure que je le visionnerai encore et encore lorsqu’il sera disponible en diffusion continue.
J’aime
- Excellente personnification de Jaafar Jackson
- Soulignement de mythes
- Envie de redécouvrir l’univers de Michael Jackson
J’aime moins
- Absences de personnes clés
- Évitement du côté sombre
- J’aurais aimé que Jaafar Jackson chante

Michael
Scénario
Réalisation
Performance des acteurs
Effets spéciaux
Musique
Excellent !
Le film Michael est un hommage vibrant... mais soigneusement contrôlé au Roi de la pop Michael Jackson.
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