Starship Troopers : Terran Command – un RTS narratif

En 1997, une adaptation cinématographique de la nouvelle de Robert A. Heinlein, Starship Troopers, prenait l’affiche aux États-Unis. Le long métrage, qui est à la fois une satire et une science-fiction militaire, a reçu un accueil plus que mitigé de la part des critiques. Cela n’a pas empêché le film de gagner le cœur d’une communauté toujours grandissante d’amateurs qui, au fil des années, en sont venus à dédier un culte à cette œuvre signée Paul Verhoeven, si bien qu’on la retrouve fréquemment dans les festivals hommages au cinéma des années ‘90. Depuis, le film a reçu deux suites en long métrages conventionnels, deux films d’animation et une série télévisée animée, excluant une adaptation japonaise en anime qui prédate la sortie du film de 1997. Starship Troopers a également été adapté en jeux, incluant un jeu de société, un jeu de rôle et désormais un troisième jeu vidéo. Mais est-ce que Starship Troopers : Terran Command réussira à nous faire revivre l’action débridée et l’ambiance du film ? C’est ce que nous verrons.

  • Studio de développement : The Aristocrats
  • Éditeur : Slitherine ltd.
  • Plateformes disponibles : PC
  • Plateforme de test : PC
  • Date de sortie : 16 juin 2022
  • Classement : Non disponible
  • Prix : 33,99$ sur Steam
  • Page Steam du jeu
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Pas de doute, nous sommes dans l’environnement du film de 1997. L’on peut également personnaliser le nom de son armée, comment ne pas choisir “Les affreux de Rasczak ?”

Starship Troopers : Terran Command est un jeu de stratégie en temps réel – real-time strategy (RTS) de son nom plus courant – lourdement narratif qui reprend des éléments bien connus du genre pour permettre au joueur de prendre en main les destinées de l’infanterie mobile et d’éliminer des Arachnides, une espèce extraterrestre insectoïde qui habite à l’autre bout de la galaxie sur la planète Klendathu. Et vous aurez beaucoup, beaucoup d’insectes à éliminer.

Vous voulez en apprendre davantage ?

Si vous n’êtes pas familiers avec la série Starship Troopers, il vous faudra un peu de contexte. Notons d’abord que le jeu Starship Troopers : Terran Command s’inspire du film de 1997 et non pas de la nouvelle originale. Ainsi, les libertés prises dans l’adaptation cinématographique seront conservées dans cette proposition vidéoludique. Pour les puristes, ça fera peut-être un peu brouillon, mais il me semble plutôt sage de référer à la version de l’histoire qui s’est inscrite dans la culture populaire. 

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Les glorieux soldats de l’infanterie mobile seront constamment présentés comme de braves héros de la Fédération, sans nuance. Notons par ailleurs la qualité artistique de ces pièces.

L’action se passe au 23e siècle alors que l’humanité, après la chute de la civilisation occidentale et une multitude de conflits armés, est unie au sein de la Fédération citoyenne unie. Cette organisation, d’inspiration résolument fasciste – nous y reviendrons, puisque cela est la pierre angulaire de la satire – ne donne le droit de vote qu’aux citoyens, un statut qui s’acquiert par le service militaire. Dans le film de 1997, et dans une portion des suites, on y suit les aventures de John “Johnny” Rico, un étudiant de Buenos Aires qui s’enrôle dans l’infanterie mobile, l’armée de sol de la Fédération, non seulement afin de devenir un citoyen de la Fédération, mais également pour suivre son amoureuse. Dans l’armée, il vivra la guerre contre les insectes et une série d’expériences transformatrices qui feront de lui un émule de l’homme nouveau.

Les plus férus d’histoire auront compris que la dernière phrase est une référence à l’idéologie fasciste, selon laquelle – en très sommaire – les hommes qui sont forgés par la guerre deviennent des hommes nouveaux, lesquels pourront sauver leurs sociétés, servir d’exemples parfaits et auxquels l’on doit accorder des privilèges, comme le droit de vote. Starship Troopers emprunte un grand nombre de thèses aux penseurs d’extrême droite de la première moitié du 20e siècle – par exemple sur le rôle du citoyen, la glorification de la guerre et du sacrifice ultime, ainsi que sur l’exaltation de la violence – à cela s’ajoute, délibérément, des visuels inspirés de l’Allemagne hitlérienne, à commencer par les uniformes et les symboles, ainsi que des références à des œuvres propagandistes de l’époque comme Le triomphe de la volonté. Mais là où Starship Troopers se démarque particulièrement, c’est qu’il rend tout ce fascisme futuriste un brin… sexy ?

J’emprunte l’expression aux créateurs de la chaîne YouTube Wisecrack qui analysent plus en profondeur l’œuvre de Verhoeven. Essentiellement, comme le film s’inspire de pièces de propagande, on y retrouve un narratif qui encourage l’auditeur à adhérer aux prémisses et à l’interprétation des vidéastes. Conséquemment, il présente les protagonistes comme inspirants, en plus d’être de réels Adonis. Rappelons que Denise Richards, alors dans une carrière en pleine ascension, y incarne le principal personnage féminin alors que Johnny Rico est interprété parmi Casper Van Dien, dont la carrière s’est principalement concentrée dans les romans-savons comme Beverly Hills, 90210. Évidemment, le fait que les ennemis soient une masse d’insectes sans cervelles, en nombre pratiquement infini et dirigés par une caste d’apparatchiks insectoids – ça ne vous rappelle pas une certaine caricature de l’Union soviétique ? – contribue à associer l’auditeur à la Fédération malgré ses travers évidents.

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La référence à l’aigle du troisième Reich n’est même pas subtile. Cela n’est qu’un exemple des références satiriques dans cette franchise.

Tout cela pour vous dire que, dans Starship Troopers : Terran Command, on retrouvera ces thèmes et ces visuels, ainsi que toute l’atmosphère un peu délirante du film. Les répliques des intervenants du jeu, dont en fait tous les intertitres de cette chronique sont des traductions – libérales de ma part -, sont souvent débordantes de ferveur idéologique et d’une propagande violente. Par exemple, on peut y entendre “Si l’infanterie mobile ne meurt pas, c’est qu’elle ne fait pas son boulot correctement”, et d’autres déclarations tout aussi radicales qui peupleront les parties.

Vous voulez vivre pour toujours, bande de singes ?

Starship Troopers : Terran Command ne propose pour l’instant que des modes de campagne où le joueur devra bâtir et commander des unités pour atteindre des objectifs narratifs. Donc oubliez les escarmouches ou le multijoueur classique aux RTS, la proposition de Slitherine ltd. est en mode solo exclusivement. Après une première mission qui permet ***divulgâcheurs*** de revivre l’invasion complètement ratée de Klendathu telle que présentée dans le film de 1997 ***/divulgâcheurs***, le jeu place le joueur en charge d’une série de missions sur la planète voisine de Kwalasha (où sortent-ils tous ces noms de planète avec des K ?) que le commandement de la Fédération a jugé prioritaire en raison de ses ressources minières.

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Vague après vague, les insectes tenteront de briser les lignes de défense de l’infanterie mobile.

Parlant de ressources, contrairement à d’autres jeux du même type, leur collecte sera très secondaire dans Starship Troopers : Terran Command. En progressant dans le scénario, des points de Fédération vous seront octroyés et, au fur et à mesure que vous explorez la carte, vous trouverez du ravitaillement. Suivant un chrono, vous aurez aussi accès à des transporteurs spatiaux.

Si le ravitaillement permet d’acheter des unités qui sont convoyées par les transporteurs, lorsque ceux-ci sont disponibles, les points de Fédération vous permettront d’acheter des additions à votre poste de commandement pour débloquer des unités plus sophistiquées que vos fantassins au fusil mitrailleur du début. Notons les snipers ou encore les artilleurs qui projettent de petites têtes nucléaires dans les masses d’insectes. Donc, pas une grande gestion des ressources ni de construction de base. On pourrait penser un peu à la franchise Warhammer 40 000 : Dawn of War en version encore plus légère sur ces aspects.

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Les ingénieurs militaires permettront de construire des tourelles et d’incendier les insectes à l’aide de leur lance-flammes. Ils sont particulièrement redoutables dans les goulots d’étranglement.

Ceci dit, dans les faits, la principale ressource du jeu est un peu plus subtile. Ce n’est définitivement pas vos soldats, qui sont parfaitement remplaçables. D’ailleurs, perdre l’ensemble de son armée ne signifie pas la fin de la partie, puisqu’ils seront somme toute rapidement remplacés. Non, la véritable ressource se trouve dans l’expérience des unités. S’il est possible de les remplacer ou de leur ajouter des renforts, si le dernier modèle d’une unité est tué, celle-ci est retirée du jeu et elle perd l’expérience qu’elle avait précédemment accumulée. Or, l’expérience des unités leur permet de débloquer des aptitudes qui permettent de les spécialiser et de les rendre encore plus létales. Remplacer une unité de vétérans par des bleus vous rendra la vie réellement plus difficile.

Je fais ma part !

Toutes les mécaniques du jeu sont donc extrêmement classiques et les habitués des RTS ne seront pas dépaysés une seconde. Si, par moment, j’avais l’impression de devoir faire beaucoup de microgestion – chaque unité a plusieurs habiletés qu’il faut activer en la sélectionnant puis en désignant la cible -, pour ceux qui ont apprécié la franchise StarCraft, ça ne sera ni une nouveauté ni un problème. Évidemment, les raccourcis clavier sont toujours disponibles pour sauver de précieuses secondes.

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Placer ses unités au sommet des murs d’une base est une option permettant d’obtenir des lignes de vue non-obstruées. Également, les insectes perdront du temps à grimper la muraille.

En fait, même la conception de l’interface est extrêmement classique avec tous les items – carte, actions des unités, ressources – exactement là où vous vous attendez à les retrouver. La prise en main est donc très simple ce qui est à la fois une grande qualité, mais également un témoignage de l’absence d’innovation.

Ceci dit, le jeu propose un système pertinent et dynamique de positionnement des unités. Il faudra les répartir de manière à ce qu’elles aient une bonne ligne de vue sur les ennemis et elles n’ouvriront pas le feu à travers d’unités amies. Cela ajoute une touche de stratégie dans le positionnement, même si cela engendre un peu plus de microgestion. Notons à ce sujet que l’intelligence artificielle pourrait bénéficier d’un certain rehaussement, puisqu’une unité incapable d’atteindre les ennemis en raison d’un obstacle ou d’amis dans le chemin restera bêtement en place, regardant ses camarades se faire dévorer en attendant d’ouvrir le feu plutôt que de se déplacer légèrement sur les côtés pour prêter main-forte. Le joueur sera donc continuellement sollicité afin d’obtenir un placement adéquat – voire optimal – de ses unités.

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Il faudra s’assurer de bien placer ses unités afin qu’elles aient toutes une opportunité d’ouvrir le feu. Lorsqu’elles sont adéquatement positionnées, leur potentiel léthal s’en trouve multiplié.

Le seul bon insecte est un insecte mort

Donc, est-ce que vous devriez joindre les rangs de l’infanterie mobile et mettre la main sur Starship Troopers : Terran Command ? Si vous êtes un amateur de la série, il pourrait valoir la peine surtout en considérant son prix somme toute modeste. Mais si vous vous attendez à de l’innovation dans le domaine des RTS, vous serez déçu. Soyons clairs, c’est un bon petit RTS fortement narratif, mais ses limitations laisseront sur leur faim les joueurs plus assidus de ce type de jeu. Il n’en demeure pas moins satisfaisant de moissonner vague après vague d’Arachnides à l’aide de tourelles mitrailleuses, bien posté sur les murs d’une forteresse sci-fi. Par contre, en dehors de cela, il y a peu à se mettre sous la dent.

À quelques égards, j’ai eu des souvenirs du jeu à succès de 1996, Red Alert, qui comptait quelques missions narratives où le joueur contrôlait une poignée d’unités et devait remplir des objectifs, par exemple désarmer un silo nucléaire. Mais contrairement à cette franchise, il n’y a pas de construction de base et pas de minerais à collecter. C’est donc dans ses éléments les plus narratifs que Starship Troopers : Terran Command peut tracer un lien avec son auguste prédécesseur.

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Certaines missions ont lieu à l’intérieur, ce qui a une tendance à renforcer le déjà-vu de missions narratives de ses prédécesseurs.

Si arrivé à la fin de cette critique, vous avez l’impression que j’ai donné plus de contexte que de détails sur les mécaniques du jeu, vous avez probablement raison. Cela est symptomatique des éléments de RTS encore revisités sans aspects distinctifs, en dehors de son scénario. L’histoire qui se déploie et l’univers dans lequel se déroule l’action doivent donc être adéquatement présentés puisqu’il s’agit de son plus gros – voire seul – attrait. À recommander, donc, pour les plus grands consommateurs de RTS qui ne cherchent qu’une nouvelle option ou pour les admirateurs de la série, qui pourront replonger dans l’action de la Fédération.

J’aime

  • L’univers inspiré du film de 1997 Starship Troopers
  • Les répliques hilarantes
  • L’histoire et le contexte des missions
  • Les options d’unités qui se démarquent 
  • L’emphase sur un positionnement réussi
  • Écraser des milliers d’insectes de toutes sortes

J’aime moins

  • L’absence de profondeur des mécaniques de RTS
  • L’interface utilisateur sans innovation 
  • L’encadrement du joueur trop pesant
  • L’intelligence artificielle parfois limitée

La copie de Starship Troopers : Terran Command a été fournie par Slitherine ltd.

Starship Troopers : Terran Command

Scénario
Graphisme
Bande sonore
Jouabilité
Durée de vie

Le service militaire garantit la citoyenneté !

Starship Troopers : Terran Command est une proposition avec beaucoup de potentiel. L’idée d’un RTS dans l’univers de ce film culte des années ‘90 offre de nombreuses possibilités non seulement sur les unités et les adversaires, mais surtout dans l’ambiance. Le choix de mécaniques plus que souvent revisitées vient assombrir l’immersion qui constitue la principale force de ce jeu.

À propos de Yanick Grégoire

Toujours à la recherche de la prochaine perle rare, je m’intéresse aux développements et à l’actualité dans les mondes des jeux vidéo, des jeux de société et d’un peu tout ce qui touche à la culture geek. Dans ma vie professionnelle, je suis spécialisé en communications et dans ma vie personnelle, j’ai une bonne armée de Nains à Warhammer Fantasy. Parfois, je fais des blagues, rarement avec succès.

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