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Apple vs. Samsung

Une méchante claque sur la gueule. Voilà à peu près ce qui ressort de la décision du jury dans le procès qui opposait Apple et Samsung sur une histoire de plagiat et de protection de brevets. Samsung est condamné à payer plus d’un milliard de dollars à Apple pour avoir violé les brevets d’Apple en plus d’avoir sciemment copié les produits de la compagnie. Avant de plonger dans l’analyse de cette décision, nous allons d’abord regarder de plus près toute cette saga.

Une histoire de brevet

Toute cette histoire tourne d’abord et avant tout autour de brevets définissant diverses innovations liées de près ou de loin aux téléphones multifonctions dont le iPhone et la série des Samsung Galaxy font partie. Ces brevets déposés aux États-Unis pour la plupart expliquent de façon parfois précise, mais le plus souvent assez large, le design et le fonctionnement de divers éléments de ces téléphones multifonctions. On parle ainsi de la forme rectangulaire de l’un ou de la disposition des boutons de l’autre.

Ces histoires de brevets ne datent pas d’hier. Apple a déjà été victime du succès de son interface graphique copié par Microsoft au début des années 90 avec Windows 3.1 et Windows 95. Apple avait tenté sans succès de faire valoir la propriété intellectuelle de ces interfaces graphiques avec bureau virtuel, icônes, souris, bouton, etc. Il faut d’ailleurs précisé qu’Apple avait elle-même copié l’idée de Xerox au cours d’une visite de Steve Jobs au fameux Xerox PARC.

Cette fois-ci, par contre, Apple n’a pas voulu courir de risque et, pour paraphraser Jobs lors de la présentation du premier iPhone au public, ils ont mis le paquet pour absolument tout breveter de cet appareil. Le résultat de cette course au brevet est évident à la lecture du jugement rendu dans le procès opposant les deux géants de l’électronique.

On reproche d’ailleurs souvent au système de brevets américain d’encourager l’accumulation de brevets dans le seul but d’en tirer profit. L’existence des « Patents Trolls », les « trolls de brevets », qui sont des entreprises possédant des tas de brevets avec lesquels ils ne font rien d’autre que de tirer des profits en faisant payer les compagnies se servant des technologies couvertes par lesdits brevets pour pouvoir continuer de s’en servir. Ainsi, plutôt que d’encourager l’innovation par la création de produits, on encourage plutôt le contrôle des leviers innovateurs en récompensant non pas ceux qui concrétisent ces idées innovatrices, mais ceux qui les contrôlent sans aucune intention de les utiliser dans le cadre d’une réalisation concrète.

Apple contra Samsung : un combat de titans

Deux des plus grandes entreprises de technologies au monde qui s’affrontent. Allons-y gaiement et laissons-nous tomber dans les pires clichés imaginables.

Leur champ de bataille : le monde. Littéralement. Engagées dans une lutte sans merci aux quatre coins de la planète : en Allemagne, en Corée, au Japon, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Australie et aux États-Unis.

Leurs armes : l’argent. On dit d’Apple qu’elle est peut-être la compagnie la plus riche de l’histoire avec près de cent de milliard de dollars à sa disposition. Et Samsung n’est certes pas en reste de ce côté. N’oublions pas que ces deux compagnies possèdent aussi une grande banque de brevets avec lesquels chacune d’entre elles tente d’intimider l’autre.

Ce qui les distingue, d’abord et avant tout, c’est le niveau de diversification de l’un par rapport à l’autre. Ainsi, alors qu’Apple ne produit qu’un très petit nombre de produits, Samsung est considérablement diversifiée avec une offre de produits qui va du téléphone multifonction au parc d’attractions (oui, oui, un parc d’attractions !) en passant par la construction de bateau et l’armement.

Il y a donc d’un côté une compagnie dédiée à la production d’un nombre très limité et restreint de produits à très haute valeur ajoutée, et de l’autre, un dragon asiatique diversifié qui compte sur une multitude de produits et de services pour augmenter ses profits. Deux stratégies fort différentes qui semblent, jusqu’à maintenant, porter fruit pour les deux.

La démonstration

Le 15 avril 2011, Apple dépose use plainte officielle à l’« United States District Court for the Northern District of California » contra Samsung. Dans un document de 38 pages, Apple explique qu’un grand nombre d’appareils Samsung fonctionnant sous Android violaient la propriété intellectuelle d’Apple. C’est le début de cette saga judiciaire.

Les deux géants se sont par la suite échangé les recours en cour un peu partout dans le monde. En Allemagne, par exemple, Apple a ainsi pu empêcher la vente de la tablette Galaxy Tab 10.1.

C’est cependant tout récemment qu’Apple a remporté une manche importante face à son rival coréen. Le 24 août 2012, un jury californien a statué que Samsung avait sciemment violé la propriété intellectuelle d’Apple dans le cadre du procès entamé en avril 2011. Ce faisant, il condamnait Samsung à payer Apple plus d’un milliard de dollars en dommage.

Parmi les brevets ayant permis à Apple de gagner sa cause, on trouve l’effet élastique qu’on peut observer lorsqu’on parcourt une liste et qu’on atteint la fin de celle-ci et le geste de pincer avec deux doigts pour agrandir ou rapetisser l’affichage de l’écran.

Et là, qu’est-ce qu’on fait ?

Cette décision judiciaire, loin de mettre un terme à cette saga, on s’attend à ce que Samsung la porte en appel très bientôt, a suscité deux grandes réactions. D’un côté, les adeptes de la pomme se sont réjouis de voir leur compagnie favorite remporter une manche importante contre le géant Samsung. De l’autre, on a crié haut et fort à la fin de l’innovation et de la concurrence.

Évidemment, parler de fin de l’innovation et de la concurrence est certainement très exagéré. Mais n’y a-t-il pas lieu ici de s’interroger sur la portée véritable de cette décision ? Et quels enseignements peut-on en tirer ?

Commençons par quelques constats. Il est toujours bon de rappeler qu’Apple ne peut vivre sans Samsung. En effet, cette dernière fournit à Apple plusieurs des composantes qui entrent dans la fabrication de ses appareils. La mémoire vive, pour ne nommer que celle-ci, est produite par Samsung en grande partie.

Ensuite, il est aussi pertinent de rappeler qu’Apple, grâce à l’énorme trésor accumulé dans ses coffres, s’est offerte au cours des dernières années plusieurs petites compagnies de pointe dans le domaine de l’électronique dans le but, on s’en doute, d’intégrer ces technologies dans ces futurs produits.

Il faut d’abord mettre une chose au clair. Avant le iPhone, les interfaces tactiles étaient au mieux maladroites, au pire inutilisables. De plus, tous les téléphones cellulaires tournaient autour du même design, à savoir un clavier surmonté d’un écran plus ou moins grand ou encore d’un clavier qui glissait de sous l’appareil. Il n’y avait à peu près pas d’interface tactile et certainement pas de téléphones dont l’interface reposait exclusivement sur le touché. Bref, il faut le reconnaître, le iPhone a tout changé.

N’est-il pas normal dans les circonstances qu’une compagnie ayant investit, on imagine, des millions de dollars en recherche et développement, veulent protéger cet investissement ?

Au cours du procès, de nombreux témoignages ainsi qu’une quantité importante de notes fut déposée et le constat qui en est ressorti est que Samsung a sciemment travaillé à rendre ses téléphones multifonctions plus semblables au iPhone. Que l’on pense à la forme de l’appareil jusqu’aux icônes, tout a été mis en œuvre pour tenter un rapprochement vers le iPhone. Et ceci était connu et encouragé par tous les dirigeants de l’entreprise.

Le fait de copier le design, l’interface et look Apple pourrait être perçu comme une reconnaissance du succès et de la puissance du changement de paradigme qui s’opère. Il ne faut cependant pas se surprendre de la réaction d’Apple dans les circonstances qui tient à protéger coute que coute sa marque, son image et l’investissement qu’elle a dû faire pour parvenir à ce résultat.

Du même souffle, on comprend Samsung de « suivre le leader » voyant à quel point Nokia, même après avoir adopté le système Windows Phone 7, n’arrive toujours pas à tirer son épingle du jeu. En voulant faire autrement, et malgré le soutien massif de Microsoft, Nokia peine à écouler sas téléphones multifonctions qui sont toujours l’exception loin derrière le iPhone et autres appareils Android.

La suite des choses risque d’être très intéressante. Premièrement, toutes les cours dans le monde ne semblent pas s’entendre sur la gestion de ce conflit. La preuve en est les différences entre les différents jugements énoncés par ces dernières. Ensuite, il devrait apparaître clairement à tout observateur de la scène technologique qu’Apple n’a pas l’intention de diminuer la cadence de ses innovations et l’introduction de nouveaux produits dans un avenir proche. Avec les rumeurs d’un iPad de plus petit format, et du renouvellement annuel de toute la gamme de ses produits, la pression sur ses compétiteurs pour la suivre si elle n’est pas insoutenable demeure néanmoins énorme.

Il m’apparaît évident que Samsung poursuivra sa stratégie de copier les innovations d’Apple, mais avec peut-être un peu plus de retenue et de nuance. L’expérience de Nokia et de Palm démontre clairement les dangers de vouloir innover dans ce marché.

Quant à Apple, ben, c’est à suivre… le 12 septembre.

À propos de Nelson

Coordonnateur TI pour la Commission scolaire Kativik, je travaille au Nunavik depuis plus de 10 ans. J’y ai enseigné et j’ai aussi été directeur d’école. Je me passionne pour les technologies et la science depuis toujours.
En plus de publier mon propre blogue, un peu laissé à l’abandon depuis quelque temps, j’écris aussi pour leglobe.ca.
Il va sans dire que mes écrits n’engagent que moi et ne reflètent pas nécessairement les opinions mon employeur.

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