Auriez-vous cru que quelqu’un qui aurait traversé un épisode dépressif aurait réalisé qu’il pourrait en faire un jeu vidéo, afin de partager l’angoisse et le désarroi sous forme interactive et ludique ? Ne vous questionnez plus, la réponse est, bien entendu, oui. C’est ce que le développeur finlandais solo Samuel Lehikoinen nous propose dans son jeu Unemployment Simulator 2018 un récit tiré de faits vécus issus de son passage au chômage et de sa lutte pour surmonter la dépression. Tous à bord, le train de la mélancolie quitte la gare !
- Studio de développement : Samuel Lehikoinen
- Éditeur : Turbolento Publishing
- Plateformes disponibles : PC
- Plateforme de test : PC
- Date de sortie : 3 février 2026
- Classement : Non disponible mais sérieusement, ça doit être M pour mature vu les thèmes abordés
- Prix : 13,50$
- Page Steam du jeu

Comment définir ce « jeu » … ? Officiellement, c’est un jeu de survie dans lequel l’on doit réaliser des tâches tout en faisant attention aux besoins de notre personnage afin qu’il puisse traverser la journée. Plus concrètement, nous sommes plus dans une oeuvre littéraire, une histoire (déprimante) dont vous êtes le héros… sans la partie où nous avons du choix sur le déroulement de l’aventure. Dans Unemployment Simulator 2018, on devra traverser jour après jour de monotonie en revivant l’angoisse de l’auteur, sans jamais réellement être aux commandes.
Survivre
Alors un peu plus un jeu de type Telltale ou encore un certain relent de Emily is Away <3 parce qu’on assiste davantage au dévoilement d’une histoire que de réellement présider la destinée de notre avatar. Dans les faits, on se déplace de gauche à droite dans l’appartement de notre protagoniste et on appuie périodiquement sur la touche espace pour « faire quelque chose ». De temps en temps, le jeu nous surprend avec une étonnante inclusion de la touche « entrée » ou de la touche « e » pour accéder à des tâches secondaires. Sans oublier la toujours réjouissante utilisation de la touche « c » pour pleurer lors des épisodes de dépression.

Le principal défi d’Unemployment Simulator 2018 est de ne pas sombrer dans une crise d’anxiété ou d’ennui et de ne plus pouvoir rien faire, voire de devoir recommencer la journée. Il y a aussi en mineur la gestion de sa fatigue et de sa sobriété qui peuvent influencer le cours de la partie. Mais en réalité, à moins que l’histoire ne le commande, ce ne sera pas un défi d’assurer sa survie. Quelques notes sur la guitare, une partie d’un jeu vidéo ou une séance sur un site Internet pour adulte et les jauges d’anxiété et d’ennui seront rapidement en bonne santé. Si vous souhaitez « optimiser » vos journées, il faudra anticiper les crises de panique et s’assurer de s’être diverti adéquatement entre les tâches. Cela sera relativement aisé.
« Optimiser » ses journées ?
Bon d’accord, l’utilisation du mot optimiser pour parler de ce jeu est une franche hyperbole. Parce qu’au final, dans Unemployment Simulator 2018, notre personnage n’aura que quelques items sur sa liste de choses à faire. Aujourd’hui, jour 3, notre avatar doit faire la vaisselle, ramasser des déchets, faire du lavage et prendre une douche. Ça semble tout à fait réaliste, mais rappelez-vous que notre personnage est en dépression. Chaque tâche est une montagne insurmontable. On devra donc jongler entre les divertissements et les tâches pour y arriver.

Une fois que c’est terminé, un montage vidéo plus grand que nature nous annonce triomphalement que l’on a passé à travers la journée. Un passage aux toilettes puis hop, au lit. Chaque nuit sera ponctuée de rêves ou de cauchemars interactifs. C’est désormais votre chance de traverser l’expérience d’un cauchemar dans lequel vous perdez toutes vos dents dans un jeu vidéo ! Ou mieux : évitez ces tomates pourries et autres déchets que l’on vous lance alors que vous êtes, sans raison apparente, complètement nu.
Et le lendemain, notre personnage se réveille au son de son alarme. Une autre liste du même type à remplir (brosser ses dents, envoyer un CV, cuire un repas, arroser sa plante, etc.) à faire en évitant la crise de nerfs. Et ça recommence. Encore. Et encore.

Unemployment Simulator 2018 : simulateur de dépression
Est-ce que c’est amusant ? Sincèrement, dur à dire. Pas vraiment. Parfois, les contrôles ne fonctionnent pas comme ils devraient. Par exemple, vous êtes devant la plante et vous devez l’arroser, ce qui devrait normalement se produire en appuyant sur « espace ». Rien ne se passe. Vous déplacez le personnage d’un pixel et, là, ça fonctionne. Que votre manque de précision laser soit maudit. En général, les mécaniques de jeu sont répétitives et peu stimulantes.
Mais malgré cela, il subsiste un désir d’en apprendre davantage sur notre protagoniste. D’abord, notons l’excellente qualité de la trame sonore qui vient soutenir l’histoire avec robustesse. Les journées de dépression ont une mélodie mélancolique à souhait. Les sons des cauchemars sont troublants. Le style visuel de type « pixel art » est aussi plaisant à regarder qu’il est par moment déroutant. Au fur et à mesure que les journées s’enchaînent, l’appartement de notre personnage est de plus en plus crasseux (et déjà que ça ne commençait pas fort dans le département de la salubrité). Le « pixel art » rend le tout méconnaissable, laissant place à notre imagination pour décrire les immondices sur les planchers et les murs.

Mais surtout, c’est la qualité de l’histoire. Les premiers jours ronronnent de la monotonie du plus déprimé des chômeurs. Mais par la suite, des événements étranges, au confluent de la science-fiction, du délire paranoïde, de l’horreur et de l’hallucination commencent à survenir. Afin d’éviter les divulgâcheurs, surtout dans un contexte où le narratif est le pilier central de la proposition, je vais ménager mes explications. Notez simplement qu’il y a quand même des moments de malaise, voire de répulsion dans ce jeu vidéo.
Honte, anxiété et dégoût
Ce jeu ne posera pas de défi de maîtrise des contrôles et des mécaniques aux joueurs. Il n’y aura pas d’optimisation du personnage ou de grands casse-têtes à solutionner. Non, au contraire, il y aura des tâches simples, répétitives qui vous permettront une immersion dans la tempête des émotions négatives associée à la dépression, au chômage et à la faible estime de soi. Il est rare qu’un jeu vidéo permette de représenter l’ennui, le dégoût, la honte, l’angoisse et la gêne de manière immersive.
C’est pourtant ce que réussit Unemployment Simulator 2018 grâce à une solide trame narrative qui au départ répète les mêmes jours, mais qui soudainement se met à inclure des changements inconfortables et troublants alors que, visiblement, notre personnage s’enfonce dans sa dépression. Le tout supporté par des choix musicaux et visuels absolument judicieux.

Est-ce que c’est pour tout le monde ? Non, comme la plupart des jeux qui sont davantage des courts métrages, des romans que des pièces interactives et ludiques à proprement parler, ça ne plaira pas aux joueurs compulsifs. Non plus parce que les thèmes abordés sont sombres et qu’il n’y a pas d’élément rédempteur à tout cela. Vous êtes témoin d’un homme que le chômage pousse à la dépression et dont la spirale de haine de soi, de honte et de dégoût pousse dans les derniers retranchements des fragments de santé mentale lui restant.
Ce n’est pas parce que ce n’est pas réjouissant que ce n’est pas captivant.
J’aime
- L’histoire glauque qui permet une immersion dans le monde de la dépression
- La thématique particulièrement inusitée
- L’accroche qui nous donne envie de continuer
- Le « pixel art » qui sert bien le contexte troublant
- La trame sonore qui support le narratif de manière impeccable
J’aime moins
- Les mécanismes de jeu plates au possible
- L’aspect « survie » qui ne pose pas de défi
- Ne pas avoir d’influence sur le déroulement de l’histoire
- Les petits bogues qui empêchent les actions de se faire correctement
La copie d’Unemployment Simulator 2018 a été fournie par Turbolento Publishing.
Besoin d’aide ou de soutien ?
Si les thèmes abordés dans cet article font écho à une situation difficile que vous traversez, n’hésitez pas à faire appel aux ressources gratuites et confidentielles disponibles en tout temps :
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Au Québec : Appelez ou textez le 988 (Ligne d’aide en cas de crise de suicide) ou contactez Info-Social au 811. Sur le web, visitez le 988.ca.
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En France : Appelez le 3114 (Numéro national de prévention du suicide), un service gratuit et professionnel disponible 24/7. Sur le web, visitez le 3114.fr.
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International : Si vous êtes ailleurs dans le monde, vous pouvez consulter le site de l’Association Internationale pour la Prévention du Suicide pour trouver une ressource locale.
Unemployment Simulator 2018
Scénario
Graphisme
Bande sonore
Jouabilité
Durée de vie
Bonyeu donne-moé une job !
Exactement comme être témoin d’un accident de voiture, on ne peut s’empêcher de regarder. Cette fois, on accompagne la descente aux enfers de notre protagoniste alors qu’il doit lutter pour conserver sa santé mentale pendant un épisode de chômage et de dépression. Si en terme de mécanique de jeu, il n’y a pas grand chose à faire, c’est plutôt par son côté narratif que Unemployment Simulator 2018 se démarque. On devra faire face à la monotonie des jours, à des cauchemars troublants et à l’éclosion d’un volet surnaturel, le tout supporté par une solide trame musicale.
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