Cinq questions à Jonathan Holmes de Destructoid

Jonathan Holmes dans une scène fictive de Rhythm Heaven Fever

Cette édition de Cinq questions en est une bien spéciale. J’ai le plaisir, l’honneur même, d’avoir comme victime cette semaine monsieur Jonathan Holmes, rédacteur associé pour Destructoid, musicien, ancien co-animateur du Destructoid Show et homme plus grand que nature.

Holmes, en plus de son travail sur le site Destructoid.com et de ses multiples projets vidéo, a lancé son nouvel album, Talking To Women About Videogames, The Album, il y a de cela quelques semaines.

Étant déjà fan de son travail, autant à l’époque où il animait le Destructoid Show que par ses articles, j’ai décidé hier soir de prendre mon courage à deux mains et lui demander s’il voulait répondre aux cinq questions de Monsieur Camion. J’ai été surpris de la qualité, de l’authenticité et de la générosité de ses réponses.

Alors, mesdames, messieurs, j’ai la grande joie de vous offrir les cinq questions à Jonathan Holmes. Let’s go !

1. Qu’est-ce qui t’as amené à vouloir devenir journaliste de jeux vidéo ?

J’ai 35 ans, alors je suis venu au monde à une époque où les jeux vidéo étaient bien différents. En toute honnêteté, je ne suis pas certain que j’aurais développé un intérêt pour le journalisme de jeux vidéos si j’étais 15 ans plus jeune. Dans les années 80 et 90, le point central, ce qui faisait vendre un jeu était souvent son design et ses concepts de jouabilité, la façon que celui-ci avait de tirer le meilleur des limitations technologiques de l’époque. De nos jours, c’est bien souvent l’inverse, on vante les mérites et prouesses technologiques en laissant bien souvent la créativité de côté.

Holmes discute avec Sonic

Ceci dit, je ne pourrais être plus heureux du fait que je rédige mes articles à propos de jeux vidéo modernes avec ma perspective plutôt rétro. Malgré le fait que j’ai souvent l’impression que je ne perçois pas les forces et faiblesses relatives du médium de la même façon qu’un adolescent de 15 ans, je crois qu’on peut s’apprendre et gagner beaucoup en mélangeant les points de vue.

2. Est-ce que ça te manque d’animer le Destructoid Show et comment as-tu apprécié ton expérience en tant qu’animateur de websérie ?

C’est certain que ça me manque de faire partie du Destructoid Show et c’est pourquoi je prends chaque opportunité que j’ai d’y apparaître. C’est une joie que de travailler avec Tara, comme ça l’est de travailler avec Max, mais évidemment de façon bien différente. Je crois qu’ils sont idéaux pour la série ainsi que pour le format que celui-ci a pris.

Cela dit, je ne m’ennuie pas du tout de la peur qui accompagnait l’animation du show. D’avoir sa sécurité financière, ainsi que l’assurance-santé de sa femme et soi-même, reposer sur le succès d’une nouvelle websérie sur les jeux vidéo était quelque chose de très stressant. Puis ça, ce n’était que le stress de surface. En dessous de tout cela il y avait la peur de décevoir Tara, de laisser tomber toute l’équipe de Revision3 et de Destructoid. Je me sentais comme si mon futur, le futur de cette nouvelle émission ainsi que le futur du partenariat entre Revision3 et Destructoid était complètement dépendant d’à quel point j’arriverais à donner aux auditeurs ce qu’ils désirent.

D’avoir toute sa destiné dépendre qu’à quel point on vous aime n’est pas le sentiment le plus confortable. En tournant l’émission, c’est comme si j’avais une affiche sur le torse disant « Will talk about video games for food ». C’est parfait si les gens vous nourrissent de steak et de carottes, mais qu’est-ce qui arrive si tout ce que vous obtenez c’est des croûtes de pain et du cèleri mou pendant quelques mois ? C’était difficile de ne pas s’ennuyer de la solidité et du sens de contrôle de sa propre vie que d’avoir un véritable emploi hors du monde du divertissement apporte.

Voilà pourquoi il est beaucoup mieux pour moi que de faire de petits projets vidéo qui peuvent réussir ou être un échec (côté nombre de vues) sans que ça ait de conséquences directes sur ma capacité à ne pas mourir. Je me sens aussi motivé et déterminé à réaliser ces petits projets et faire en sorte qu’ils aient du succès que je l’étais à faire en sorte que le Destructoid Show réussisse bien, mais maintenant le fait de devoir filtrer mon contenu pour plaire à une audience ne me traverse même pas l’esprit. Je peux déterminer du succès de mes vidéos selon comment j’ai réussi à suivre mon instinct et ma vision et non par le nombre de vues que ceux-ci ont eu.

3. Comment as-tu développé cet incroyable goût dans le choix des t-shirts ?

Pratiquement tous les t-shirts que je possédais étaient achetés à l’Armée du Salut à San Francisco (note de lecture : Revision3, la chaîne de webtélé où passe le Destructoid Show, est à San Francisco). Comme j’ai mentionné plus tôt, j’étais très inquiet de ma santé financière quand je bossais sur le Destructoid Show. Je n’ai pratiquement rien mangé d’autre que des oeufs, des noix, des fruits et de l’orge pendant 3 mois. Je ne sortais pas non plus. Tout le temps passé hors du lit était employé à travailler pour le show, à faire la promotion du show, à écrire pour Destructoid, faire un livestream pour Destructoid ou faire de la recherche.

La chose que je me permettais de faire pour décompresser, c’était, une fois semaine, de me rendre à l’Armée du Salut et acheter des t-shirts usagés. Même ça c’était en partie pour le show, j’en avais fait ma mission que de ne jamais porter le même t-shirt deux fois alors que je travaillais pour l’émission. À chaque visite au magasin je faisais toutes les allées. Des fois, ça me prenait des heures pour trouver quelque chose. Je crois que ça en a valu la peine, autant pour mon état d’esprit que pour mon apparence physique.

Le seul problème est que, maintenant, j’ai environ 50 t-shirts que je n’ai jamais la chance de porter.

4. Tu ne quittes jamais la maison sans… ?

Je ne quitte jamais la maison sans avoir mal partout. Mon corps est poche. Plusieurs parties de celui-ci refusent désormais de fonctionner. Ça me frustre beaucoup. Mais ça fait une bonne motivation pour garder la forme. Je fais du jogging avec une grande haine pour mon corps. J’essaie de lui montrer que je crois qu’il est un vrai petit con en le forçant à faire du jogging.

5. Si tu pouvais revenir dans le temps, tu retournerais à quelle époque et pourquoi ?

Si je pouvais retourner dans le temps, je retournerais probablement dans les années 80 et je développerais des jeux pour le Commodore 64, le NES ou le Mac. C’était une époque où tous les jeux étaient conçus par une équipe de maximum 20 personnes et c’était toujours un travail de grande passion et acharnement. Ce genre de développement persiste sur la scène indépendante, mais c’est pas comme si ces gens-là ont une quelconque forme de sécurité financière ou d’assurance maladie. Auparavant, on pouvait avoir le meilleur des deux mondes, à l’époque où un jeu n’avait qu’à être vendu à quelques cent mille copies pour être considéré un grand succès. Malgré le fait que peu de ces développeurs ne soient jamais devenus riches, ils ont eu l’opportunité de faire de l’art avec un médium naissant et innovateur, tout en sachant que même si leur travail n’attirerait qu’une toute petite partie de la population, ils ne décéderaient pas de famine ou enfoui sous une croulante dette médicale.

Si l’industrie du jeu vidéo se dirige dans ce sens, alors peut-être pourrais-je cesser d’écrire à propos des jeux vidéos et vraiment commencer à en faire.

Voilà pour les questions ! Vous pouvez lire les articles de Jonathan Holmes sur Destructoid.com, vous pouvez visionner ses vidéos sur YouTube.com/DTOID et vous devriez vous procurer son nouvel album. Vous sentirez meilleur et grandirez d’au moins 5 centimètres. Fait.

Monsieur Camion remercie sincèrement Jonathan Holmes pour cette entrevue !

À propos de Olivier Deveault

Étudiant d'informatique, photographe réformé et amateur de design, Olivier aime beaucoup le sushi de qualité. Il parle bilingue et demi, mesure 6 pieds 4 pouces et possède un compte twitter (@odeevee).

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